Test & Avis Expert
iMessage est la messagerie intégrée aux appareils Apple. Elle est gratuite, disponible sur iOS, iPadOS, macOS et watchOS, fermée et non auditable de l’extérieur. Elle est chiffrée de bout en bout entre utilisateurs Apple : la documentation de sécurité d’Apple indique que « Apple doesn’t store message content or attachments, which are all secured with end-to-end encryption ».
Comment ça marche
À l’activation, chaque appareil génère des paires de clés de chiffrement et de signature. Les clés publiques sont enregistrées auprès de l’Apple Identity Service (IDS) et associées au numéro de téléphone ou à l’adresse e-mail du compte, ainsi qu’à l’adresse de notification push de l’appareil. C’est cet annuaire qui constitue le point sensible : c’est Apple qui décide quelles clés publiques répondent à une adresse donnée, et donc à quels appareils un message est chiffré. Apple envoie une alerte à tous les appareils enregistrés lorsqu’un nouvel appareil est ajouté, et la fonction de vérification des clés de contact permet de comparer les clés hors bande.
Depuis iOS 17.4, iPadOS 17.4, macOS 14.4 et watchOS 10.4, le protocole PQ3 ajoute une couche post-quantique : chaque appareil publie une clé d’encapsulation Kyber-1024 à côté d’une clé P-256 classique, et les clés sont renouvelées au plus tard tous les 50 messages ou tous les sept jours.
Ce que ça ne protège pas
Deux limites structurelles priment sur tout le reste. D’abord l’interopérabilité : un échange avec un correspondant non-Apple bascule en SMS ou en RCS et sort du chiffrement de bout en bout d’Apple. Ensuite la sauvegarde. La documentation d’Apple est explicite : avec la protection standard des données, la sauvegarde iCloud et Messages dans iCloud ne sont pas chiffrées de bout en bout, les clés étant conservées dans les centres de données d’Apple. Activer la Protection avancée des données porte à 25 le nombre de catégories chiffrées de bout en bout, sauvegarde comprise ; sans elle, une copie des conversations est accessible à Apple — et donc réquisitionnable. Le même raisonnement vaut pour le correspondant : sa propre sauvegarde contient vos messages.
Trois catégories ne sont jamais chiffrées de bout en bout, quelle que soit la configuration : iCloud Mail, les contacts et les calendriers, pour cause d’interopérabilité avec les standards SMTP, CardDAV et CalDAV.
Enfin, le compte iMessage est adossé à un numéro de téléphone ou à un identifiant Apple, donc à une identité, et les métadonnées de routage — qui écrit à qui, quand, depuis quel appareil — transitent nécessairement par l’IDS.
Face aux alternatives
Signal a un protocole ouvert et audité, et exige aussi un numéro de téléphone, mais sa sauvegarde ne repose pas sur un service dont l’éditeur détient les clés par défaut. Threema se passe de numéro de téléphone. SimpleX Chat et Cwtch vont plus loin sur les métadonnées, au prix d’un réseau de correspondants bien plus restreint. Pour la sauvegarde, la vraie décision est d’activer ou non la Protection avancée des données d’iCloud.
