Test & Avis Expert
LUKS est le format dans lequel Linux écrit un disque chiffré. Il ne s'installe pas comme une application : il est proposé par la case « chiffrer le disque » de la plupart des installateurs de distributions, et se pilote ensuite en ligne de commande avec l'outil cryptsetup. Il s'adresse autant à quelqu'un qui coche cette case à l'installation qu'à un administrateur qui gère des volumes chiffrés à la main.
Comment ça marche
Le chiffrement lui-même est assuré par dm-crypt, un module du noyau Linux ; LUKS ajoute par-dessus un en-tête stocké au début de la partition, qui contient tout ce qu'il faut pour la rouvrir. La clé qui chiffre réellement les données est tirée au hasard à la création et n'est jamais saisie par l'utilisateur : elle est elle-même chiffrée dans des emplacements de clés, huit en LUKS1, trente-deux par défaut en LUKS2. Chaque emplacement correspond à un mot de passe. Ajouter, changer ou révoquer un mot de passe réécrit donc un emplacement, sans rechiffrer le disque. Le chiffrement par défaut est aes-xts-plain64. LUKS2 dérive les mots de passe avec Argon2, une fonction volontairement gourmande en mémoire, là où LUKS1 utilisait PBKDF2 : l'objectif est de rendre les essais en masse coûteux sur des cartes graphiques. La version stable de cryptsetup est la 2.8.8, et l'outil sait aussi ouvrir des volumes BitLocker, FileVault2, VeraCrypt, TrueCrypt et loop-AES.
Ce que ça ne protège pas
Le chiffrement de disque protège un appareil éteint : disque volé, portable perdu, machine mise au rebut. Il ne protège rien du tout sur une session ouverte. Une fois le volume déverrouillé, la clé est en mémoire et les fichiers sont lisibles en clair par tout processus autorisé, y compris un logiciel malveillant lancé sous votre compte. La mise en veille n'équivaut pas à l'extinction. L'en-tête constitue par ailleurs un point de défaillance unique : l'écraser, même partiellement, rend les données définitivement irrécupérables, ce qui justifie la commande de sauvegarde d'en-tête. Enfin LUKS ne cache pas qu'il y a du chiffrement — l'en-tête est reconnaissable — et un mot de passe faible reste faible : Argon2 ralentit l'attaquant, il ne le bloque pas.
Face aux alternatives
VeraCrypt couvre le même besoin de façon multiplateforme, avec des conteneurs fichiers transportables entre Windows, macOS et Linux, mais il n'est pas intégré aux installateurs des distributions. Tomb s'appuie sur LUKS pour manipuler des conteneurs fichiers avec une syntaxe plus simple. Cryptomator répond à une autre question : chiffrer des fichiers destinés à un service de stockage en ligne, pas un disque local. FileVault et BitLocker sont les équivalents intégrés de macOS et Windows.