Test & Avis Expert
Peergos est un stockage de fichiers chiffré de bout en bout bâti sur un réseau pair-à-pair, avec partage à granularité fine, calendrier, éditeur de documents et messagerie intégrés. Licence AGPL-3.0, serveur et client publiés. Il s’utilise depuis le web, s’installe comme lecteur monté sur Windows, Linux et Android, et se synchronise entre appareils. Le service hébergé est payant : 4 £ par mois pour 200 Go, 10 £ pour 1 To, 25 £ pour 3 To, avec 20 à 25 % de réduction en facturation annuelle. Il n’y a pas d’offre gratuite hébergée, et le projet en donne la raison : garder ses intérêts alignés sur ceux de ses utilisateurs plutôt que sur un modèle freemium. L’auto-hébergement, lui, est gratuit et reste interopérable avec le réseau.
Comment ça marche
L’originalité de Peergos n’est pas de chiffrer le contenu — beaucoup de services le font — mais de chiffrer aussi la structure. Les noms de fichiers, l’arborescence des dossiers, les tailles de fichiers, la liste des contacts et les relations de partage sont soustraits à l’opérateur du serveur. Sur un service de stockage classique, ces éléments sont en clair, et ils suffisent souvent à reconstituer ce que le contenu ne dit pas : qui travaille avec qui, sur quel dossier, à quel rythme.
Le partage s’appuie sur de la cryptographie post-quantique, combinant X25519 et MLKEM-1024. Deux modes coexistent : le partage direct entre utilisateurs Peergos, qui protège l’identité des participants, et les liens secrets, assortis d’une expiration, d’un mot de passe ou d’un nombre d’usages. Le projet est structuré sans but lucratif, sans investisseurs ni dette, et a été soutenu par NGI Pointer, Protocol Labs, FUTO et l’Oxford Foundry. Deux audits de sécurité indépendants ont été menés, par Radically Open Security et par Cure53, et les rapports sont publics.
Ce que ça ne protège pas
Le serveur ne voit pas la structure, mais il voit qu’un compte existe, quand il se connecte, depuis quelle adresse IP et combien de données il stocke. Le chiffrement des métadonnées de fichiers ne s’étend pas aux métadonnées de connexion.
L’accès par le web pose la même question que pour tout service chiffré côté client : le code qui chiffre est servi par le serveur. L’usage des applications installées ou de l’auto-hébergement est la seule réponse sérieuse à ce problème.
L’absence d’offre gratuite est un choix assumé mais c’est un coût réel : il faut payer dès le premier gigaoctet, ou s’auto-héberger, ce qui suppose de faire tourner un nœud et d’en assurer les sauvegardes. Enfin, le partage avec quelqu’un qui n’utilise pas Peergos passe nécessairement par un lien secret, dont la sécurité dépend entièrement du canal par lequel ce lien circule — un lien envoyé par courriel non chiffré ramène le problème à son point de départ.
Face aux alternatives
Cryptee chiffre le contenu et les noms de fichiers mais ne revendique pas la protection de l’arborescence, des tailles ni des contacts, et son offre commence gratuitement. Proton Drive apporte l’intégration à un écosystème et une entreprise plus établie, avec une protection des métadonnées moins ambitieuse. Nextcloud couvre bien plus de fonctions mais son chiffrement de bout en bout reste partiel et optionnel. Cryptomator laisse choisir l’hébergeur. Peergos est le seul de ce groupe à traiter les métadonnées comme faisant partie du secret.
