Test & Avis Expert
Sentinel n’est pas un service de VPN mais un cadre logiciel pour en construire. La découverte des nœuds, l’autorisation des sessions et le paiement de la bande passante passent par une chaîne de blocs bâtie sur le Cosmos SDK, le Sentinel Hub, dont le dépôt est publié sous Apache-2.0. Le tunnel lui-même est du WireGuard (Curve25519) ou du V2Ray (VLESS/VMess), établi directement entre le client et le nœud choisi.
Comment ça marche
L’éditeur décrit un annuaire « on-chain » permanent, sans nœud d’amorçage ni serveur central : un client interroge la chaîne pour obtenir la liste des nœuds disponibles, puis ouvre lui-même le tunnel vers celui qu’il retient. Le paiement va directement de l’utilisateur à l’opérateur du nœud, en jetons, sans facturation par un intermédiaire. Sentinel revendique plus de 1 500 fournisseurs de bande passante dans plus de 70 pays.
Conséquence pratique : il n’existe pas d’application « Sentinel » officielle unique. Le projet liste plusieurs clients tiers bâtis sur le cadre — Sentinel Shield, Independent VPN, Ryn VPN, DVPN by NORSE, VALT, MeileVPN — dont chacun a son propre éditeur, son propre modèle de paiement et sa propre politique. Les dépôts du cadre (sentinelhub, sentinel-dvpncli, sentinel-go-sdk) sont actifs, avec des commits datant de septembre 2026.
Ce que ça ne protège pas
La décentralisation déplace la confiance, elle ne la supprime pas. Le nœud de sortie voit le trafic déchiffré exactement comme le serveur d’un VPN commercial, à ceci près qu’on ne sait ni qui l’opère, ni depuis quelle juridiction, ni s’il journalise. Un opérateur de VPN classique engage au moins sa réputation commerciale ; un opérateur de nœud anonyme n’engage rien.
Le paiement par jeton inscrit par ailleurs les sessions dans un registre public et permanent. Les transactions d’autorisation sont, par construction, lisibles par tous, y compris après coup. L’achat des jetons sur une place d’échange soumise au KYC recrée alors le lien avec une identité civile que le dispositif prétend éviter.
Enfin, la qualité et la disponibilité varient d’un nœud à l’autre sans aucun engagement de service, et l’absence de client de référence oblige à auditer séparément chaque application tierce.
Face aux alternatives
Mysterium VPN et Orchid VPN reposent sur le même pari et héritent des mêmes angles morts. Mullvad répond au problème différemment : opérateur unique et identifiable, audits publiés, paiement en espèces possible — moins de décentralisation, mais une responsabilité nommée. Tor reste la seule des trois approches où aucun relais ne voit simultanément l’origine et la destination.