Test & Avis Expert
Ubuntu Touch est un système d’exploitation mobile fondé sur Ubuntu et maintenu par UBports, association à but non lucratif qui revendique environ 800 bénévoles. Il remplace Android sur une liste restreinte d’appareils — PinePhone, Fairphone, Volla, quelques Pixel et OnePlus, la liste complète étant publiée sur le site du projet. Libre et gratuit. Deux branches coexistent : la branche 24.04, dont les versions 24.04-1.4 et 24.04-2.0 ont été publiées en juillet 2026, et la branche 20.04, plus ancienne.
Comment ça marche
Ce n’est pas un Android modifié, et c’est le point qui distingue Ubuntu Touch de la plupart des systèmes alternatifs pour téléphone. Il n’y a ni services Google, ni couche de compatibilité Android par défaut, ni identifiant publicitaire : la pile logicielle est celle d’une distribution Linux adaptée au tactile. Les applications viennent d’OpenStore, magasin du projet, et s’exécutent confinées les unes des autres.
Pour un lecteur qui s’interroge sur la vie privée, la conséquence est nette : aucune télémétrie de fabricant, aucun compte obligatoire pour démarrer le téléphone, et une chaîne logicielle intégralement libre et auditable. Le projet vit de dons, sans modèle commercial adossé aux données des utilisateurs.
Ce que ça ne protège pas
L’écosystème applicatif est la limite décisive, et elle est sévère. Le catalogue d’OpenStore est restreint, et beaucoup d’applications du quotidien — banque, transports, identité numérique, messageries d’entreprise — n’ont aucun équivalent. Sur un téléphone, ce n’est pas un détail de confort : un appareil qui ne fait pas ce qu’on attend de lui finit par être doublé d’un second appareil, ce qui annule le bénéfice.
La liste d’appareils compatibles est courte et le niveau de support inégal d’un modèle à l’autre : selon le téléphone, l’appareil photo, la téléphonie ou le NFC peuvent ne pas fonctionner pleinement. Il faut consulter la fiche de son modèle précis avant d’envisager l’installation.
Enfin, sur le plan de la sécurité, Ubuntu Touch ne rivalise pas avec un Android moderne durci. Le déverrouillage du chargeur d’amorçage, nécessaire à l’installation, affaiblit le démarrage vérifié ; le chiffrement du stockage et l’isolation applicative sont moins aboutis que sur les systèmes conçus autour du modèle de sécurité d’Android. Coexistence de deux branches oblige, un appareil resté en 20.04 reçoit par ailleurs des composants plus anciens.
Face aux alternatives
GrapheneOS est à l’opposé sur le plan du modèle de menace : Android durci, démarrage vérifié conservé, isolation forte, mais limité aux Pixel et toujours dans l’écosystème Android. CalyxOS et /e/OS déGooglisent Android tout en gardant la compatibilité applicative. LineageOS prolonge la vie d’appareils anciens. Ubuntu Touch est le seul de ce groupe à sortir entièrement d’Android — ce qui est à la fois sa singularité et la raison de ses limites.
