Test & Avis Expert
Orion est un navigateur bâti sur WebKit par Kagi, la société qui édite le moteur de recherche du même nom. Il est gratuit. Son argument technique principal est la compatibilité simultanée avec les extensions Safari, Chrome et Firefox, dont une vingtaine sont vérifiées par l’éditeur. L’éditeur annonce un blocage des publicités et des traqueurs activé par défaut et l’absence totale de télémétrie.
Comment ça marche
Utiliser WebKit plutôt que Chromium a une conséquence directe sur la vie privée collective : chaque navigateur qui abandonne Chromium réduit la capacité d’un acteur unique à dicter les standards du web. Sur macOS et iOS, WebKit est aussi le moteur du système, ce qui rapproche l’empreinte d’Orion de celle de Safari plutôt que de la singulariser.
Le modèle économique est l’abonnement facultatif. Le navigateur reste utilisable gratuitement ; Orion+ est vendu 5 $ par mois, 50 $ par an ou 150 $ à vie, et sert à financer le développement. L’éditeur indique ne dépendre ni de la publicité ni d’accords avec des tiers. La version macOS et la version iOS sont stables — l’éditeur revendique quatre millions d’utilisateurs sur iOS —, la version Linux est en bêta et la version Windows en alpha, annoncée pour la fin 2026.
Ce que ça ne protège pas
Le code source n’est pas publié. C’est la limite décisive et elle ne se contourne pas : l’absence de télémétrie, le blocage des traqueurs et l’absence de collecte sont des affirmations de l’éditeur qu’aucun tiers ne peut vérifier par lecture du code. Sur un outil qui voit l’intégralité de la navigation, c’est un écart important avec un navigateur libre, où la même affirmation est falsifiable.
La maturité varie fortement selon la plateforme : une version en alpha n’a pas le même niveau d’exposition aux vulnérabilités qu’une version stable, et les correctifs de WebKit doivent être intégrés par l’éditeur.
Enfin, un bloqueur intégré traite les traqueurs connus par liste ; il ne fait rien contre l’empreinte de navigateur ni contre le suivi côté serveur, et le fait de se connecter à des comptes annule l’essentiel du bénéfice.
Face aux alternatives
LibreWolf et Mullvad Browser sont libres et vérifiables, le second travaillant explicitement l’uniformisation de l’empreinte. Helium vise une démarche comparable à celle d’Orion mais publie son code sous GPL-3.0. Brave combine bloqueur intégré et code ouvert, avec un modèle économique adossé à ses propres produits publicitaires. Face à Safari, l’apport réel d’Orion est le support des extensions et l’absence d’intégration aux services d’Apple, pas une vérifiabilité supérieure.
