Test & Avis Expert
Retroshare est une suite de communication décentralisée en réseau d’amis : messagerie, forums, canaux, courrier différé et partage de fichiers, uniquement entre pairs explicitement autorisés. Elle est disponible pour Windows, macOS, Linux et Android, sous une multi-licence combinant AGPL-3.0, GPL-3.0 et LGPL-3.0 selon les composants, et ne coûte rien.
Comment ça marche
Le modèle est celui du « friend-to-friend » : on n’entre pas dans le réseau, on échange un certificat avec quelqu’un qu’on connaît. L’authentification repose sur des clés PGP, le transport est chiffré en TLS avec confidentialité persistante. Conséquence directe, documentée par le projet : « the IP-address of nodes is only known to neighbor nodes ». Un pair à deux sauts de distance ne voit pas votre adresse. Les fichiers et les recherches circulent par des tunnels anonymes qui traversent le graphe des amitiés, et l’ensemble peut être encapsulé dans Tor ou I2P, auquel cas même les voisins directs ne voient plus l’adresse IP.
Il n’y a ni serveur, ni compte hébergé, ni entreprise : le réseau n’existe que par les machines de ses participants.
Ce que ça ne protège pas
Le rythme de publication est le premier point à connaître. La dernière version stable publiée sur le dépôt officiel est la 0.6.7.2, datée du 30 novembre 2023. Le dépôt reste actif, avec des commits en septembre 2026, mais près de trois ans sans version stable signifie que les utilisateurs de paquets officiels ne reçoivent pas les correctifs intégrés depuis. Compiler soi-même la branche de développement est possible, ce n’est pas à la portée de tout le monde.
Le modèle en réseau d’amis a ensuite un coût qu’on sous-estime : il faut des amis déjà présents, et le contact initial impose l’échange d’un certificat par un canal séparé. Sans cela, le réseau est vide. Les voisins directs connaissent par ailleurs votre adresse IP, sauf à tout faire passer par Tor ou I2P, ce qui suppose une configuration supplémentaire.
Enfin, la surface fonctionnelle est vaste — forums, canaux, VoIP expérimentale, partage de fichiers — donc la surface d’attaque l’est aussi, et aucun audit de sécurité externe récent n’est publié.
Face aux alternatives
Briar reprend l’idée du réseau d’amis avec un périmètre fonctionnel bien plus étroit et une maintenance plus régulière. Cwtch vise la résistance aux métadonnées sans exiger de graphe social préétabli. Pour le seul partage de fichiers entre personnes qui se connaissent, OnionShare ou Syncthing font le travail avec beaucoup moins de complexité.
