Test & Avis Expert
Spectre est un générateur de mots de passe déterministe écrit par Maarten Billemont, successeur du projet Master Password. Il est distribué comme logiciel libre ; le code a quitté GitHub pour GitLab. Le site officiel annonce une application iOS disponible et des versions macOS, Linux de bureau et en ligne de commande « en développement », Android restant à venir.
Comment ça marche
Comme LessPass, Spectre ne conserve aucun mot de passe. Chaque mot de passe est calculé à la demande à partir du nom d’utilisateur, d’une phrase secrète et du nom du site, puis effacé de la mémoire. Il n’y a donc ni coffre, ni synchronisation, ni sauvegarde : deux appareils qui reçoivent les mêmes entrées produisent les mêmes sorties, sans jamais échanger quoi que ce soit. L’algorithme est documenté publiquement dans un document technique publié par l’auteur sur le site du projet.
Le modèle économique est celui d’un projet personnel : pas d’abonnement, pas de serveur à financer, pas de société. C’est aussi ce qui explique le rythme de développement.
Ce que ça ne protège pas
La première réserve concerne l’état du projet. Spectre est maintenu par une seule personne, le dernier billet de blog du site remonte à octobre 2021 (celui qui annonçait le passage de Master Password à Spectre), et plusieurs plateformes annoncées sur la page d’accueil sont encore marquées « en développement » plusieurs années plus tard. Pour un outil qui détient la clé de tous les comptes, ce point doit peser dans la décision autant que la qualité de l’algorithme.
Les limites du modèle déterministe s’appliquent ensuite intégralement. Un mot de passe imposé par un service — code bancaire, clé de secours, identifiant hérité — ne peut pas être enregistré. Changer un mot de passe suppose d’incrémenter un compteur dont il faut se souvenir. Et la phrase secrète est le secret unique : sa fuite compromet tous les comptes simultanément, sans révocation possible et sans moyen d’en changer sans reprendre chaque service un par un.
Enfin, un générateur ne remplit pas les formulaires à la place de l’utilisateur sur toutes les plateformes annoncées : sur les systèmes où le client n’existe pas encore, il faut recopier à la main.
Face aux alternatives
LessPass est le voisin direct : même principe, couverture de plateformes plus large et plus stable aujourd’hui, mêmes contreparties. KeePassXC et Bitwarden imposent un coffre — donc une sauvegarde à gérer ou un serveur à qui faire confiance — mais acceptent n’importe quel secret et permettent de changer un mot de passe sans arithmétique mentale.
